Le Compendium
        Albert Balasse

Appareils d'induction à usage médical

Dans la deuxième partie du 19ème siècle, de nombreux appareils d'induction sont construits pour un usage médical. En même temps, des traités et guides pratiques d'électrothérapie sont édités. La décharge électrique à haute tension produite par la bobine d'induction du type Ruhmkorff est devenue incontournable pour guérir la plupart des maux. Les premiers appareils réellement portatifs sont proposés par Ruhmkorff, Trouvé et Gaiffe vers 1860. Les coffrets renfermant le matériel sont élégants et très complets : ils sont utilisés par des médecins sérieux, convaincus des bienfaits que l'on peut, dans certains cas, tirer de l'électricité, mais également par des adeptes d'une médecine parallèle prônant le recours systématique à l'électrisation du patient ... Dans le courant des années 1860, deux modèles d'appareil d'induction sont particulièrement appréciés pour leurs performances : celui de A. GAIFFE  (Ladislas Adolphe GAIFFE) décrit à la suite et celui de RUHMKORFF, aujourd'hui particulièrement rare, et que l'on peut trouver sur une autre page du Compendium.

Appareil d'induction volta faradique construit par A. GAIFFE

Appareil d'Induction volta faradique A. GAIFFE à Paris - n° 39530 - Dimensions : 19 x 9,5 x 4,5 cm ("moyen modèle")

Dans son EXPOSÉ DES APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ (3e édition de 1873), Th du MONCEL décrit cette bobine d'induction :

"Cet appareil est le premier appareil électro-médical d'un transport facile qui ait été construit. Les dimensions de la bobine ne dépassent pas 54 millimètres en longueur et 22 en diamètre, et pourtant les effets qu'elle produit sont excessivement énergiques avec la pile également microscopique au bisulfate de mercure que nous avons décrite, page 268, tome I. Le fil qui constitue l'hélice inductrice n'a guère qu'un demi-millimètre de diamètre, et sa longueur n'est que de 20 mètres. Mais en revanche, le fil induit, qui est du n° 32 (1 dixième 1/2 de millimètres), a 150 mètres de longueur. Le noyau de fer est constitué lui-même par un faisceau de fils de fer chacun de la grosseur d'un crin."

"Cet appareil, que nous représentons (fig. 89), fournit, comme la plupart des appareils électro-médicaux, les deux courants appelés par M. Duchenne courants de premier et de second ordre, et qui ne sont autres que l'extra-courant et le courant induit ; mais comme les premiers appareils américains, il additionne en outre les deux courants, et, chose assez particulière, cette réunion des deux courants donne les effets les plus énergiques (...)."

Ces bobines à usage médical, proposées par la société A. GAIFFE, sont en effet facilement transportables et comportent un générateur incorporé qui les rend parfaitement autonomes.

EXPOSÉ DES APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ
par le Cte Th. du Moncel
Librairie Eugène Lacroix - Paris - 1872

La pile au sulfate mercurique ou sulfate de mercure II (on parlait alors de sulfate de bioxyde de mercure ou encore de deutosulfate de mercure) est formée dans une auge en gutta-percha ou en ébonite divisée en deux ou trois compartiments. Les électrodes sont constituées par des plaquettes de carbone recouvrant le fond de chaque compartiment et des plaquettes de zinc qui forment couvercles. La jonction entre les deux compartiments et avec l'extérieur de l'auge est réalisée par des fils en platine. 

Dans le coffret de l'appareil, l'électrolyte est contenu dans un tube de verre (avec la marque "A. GAIFFE A PARIS", moulée à l'envers ...) et une spatule permet de doser la quantité nécessaire que l'on place dans l'auge avant de recouvrir d'eau puis de positionner les électrodes en zinc.

Le courant électrique est transmis au patient par contact.  Le praticien utilise des excitateurs ou électrodes de différentes formes. Ici, une électrodes olivaire et un pinceau métallique (les deux sont en cuivre) sont reliés à la bobine d'induction par l'intermédiaire de cordons métalliques particulièrement souples et "recouverts de soie fantaisie". Dans la littérature scientifique du XIX e siècle, le terme "rhéophore" (quelquefois réophore) semble le plus souvent s'appliquer à ces cordons. Toutefois, certains auteurs l'utilisent pour nommer l'élément qui est en contact avec la peau, donc l'excitateur ...

Appareil d'induction construit par G. GAIFFE, successeur

  Appareil n°174669 - Dimensions : 16,5 x 10 x 4 cm ("petit modèle")

G. GAIFFE est le fils et le premier successeur de A. GAIFFE

 

Dans son ouvrage NOTIONS D'ÉLECTRICITÉ (5e édition de 1888) , J. BAILLE évoque les premières expériences qui ont conduit à la découverte de la pile puis des études réalisées sur les effets physiologiques de l'électricité : un grand nombre de physiciens et de médecins ont mené des travaux méthodiques et sérieux sur l'action de l'électricité sur le corps humain. Il poursuit ainsi :

"Quelques résultats assez nets ont été obtenus, et l'électricité est considérée maintenant comme un agent thérapeutique pouvant servir dans certaines conditions.
Mais il faut bien l'avouer, le charlatanisme s'est emparé de cette veine, et il s'est trouvé pendant longtemps des gens qui voulaient voir dans l'électricité une sorte de panacée universelle. Pour toutes les maladies, toutes les affections, de quelque nature qu'elles fussent, on se faisait électriser ; aujourd'hui encore, à chaque instant apparaissent des inventions de ce genre. Ici on proclame des chaines galvaniques, là des bagues électriques, plus loin des buses galvaniques, des ceintures, des brosses, des cravates, des sachets, doués des plus merveilleuses propriétés. Ce sont là des prétentions exagérées. Mais de ce que l'électricité ne peut devenir un remède universel, il ne faut pas conclure qu'elle ne soit pas propre à soulager et même à guérir certains maux. (...)
Lorsqu'on veut appliquer les courants électriques, il faut agir prudemment, examiner le tempérament du malade, et juger si le mal résultant de ce remède énergique ne sera pas plus redoutable que le mal actuel. On doit choisir ensuite le genre de courants qu'on emploiera, car tous les courants n'ont pas exactement les mêmes propriétés, et, surtout, on doit graduer l'action et en augmenter peu à peu l'énergie. Généralement on fait usage des courants induits, à cause de leur facile réglementation.
"

Puis vient la description du coffret électro-médical de Ruhmkorff, équivalent de l'appareil d'induction volta faradique de Gaiffe :

"Cet appareil est enfermé dans une petite boîte, très facile à porter, et que le médecin peut avoir avec sa trousse, en faisant ses visites. Quant il veut s'en servir, il ouvre la boîte et monte la pile avec le sel de mercure placé dans un des compartiments ; il attache aux boutons les pièces qu'il emploiera, excitateurs, sondes, brosses, etc. ; il ferme sa boîte, et l'appareil fonctionne tout seul ; il n'a plus qu'à en régulariser les effets, et il peut arriver que le malade guérisse au bout de quelques électrisations successives."

Posés sur le livre de J. Baille, les excitateurs le plus couramment rencontrés dans les coffrets d'électrothérapie : excitateur sphérique, manipule porte-éponge et sa poignée, bouton excitateur en charbon recouvert de peau de chamois, pinceau métallique, excitateur olivaire, une deuxième poignée et la deuxième manipule ...

En 1860, A. Becquerel évoque, dans son TRAITÉ DES APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ À LA THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE ET CHIRURGICALE, les bains électriques dont il a introduit l'usage à l'hôpital de la Pitié. L'électricité était fournie par une machine de Clarke ou une bobine d'induction. Nous avons illustré les propos du médecin et physicien Français par une gravure sur bois illustrant ses pratiques et sortie des NOTIONS D'ÉLECTRICITÉ de J. BAILLE.

Document "Le Compendium"

Sympathique, n'est-ce pas ?

 

Les vignettes qui suivent mènent aux deux pages du Compendium relatives à l'appareil d'induction volta faradique Gaiffe, grand modèle et au coffret pour électrothérapie de Ruhmkorff. Il suffit de cliquer sur une vignette pour entrer directement sur la page choisie. D'autres pages traitent de l'induction et sont visibles sur la page thématique "ÉLECTRICITÉ".

Grand coffret d'électrothérapie de GAIFFE

Coffret d'électrothérapie de RUHMKORFF

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