Le Compendium
      Albert Balasse

Microscopes de poche - I

Ces petits instruments auxquels on a donné le nom de floroscope, microscope de botaniste, microscope de poche ou encore microscope universel, ont été proposés dès 1850 et jusqu'aux années 1930. Modèles typiquement français, ils ont en commun d'offrir deux lentilles utilisables indépendamment l'une de l'autre. La première, pour les observations nécessitant un faible grossissement, est une lentille biconvexe : c'est une petite loupe ordinaire montée sur un cylindre ajouré. La seconde, pour des grossissements supérieurs à une dizaine de fois, est la lentille de Stanhope importée d'Angleterre dans la première moitié du XIXe siècle..

La lentille de Stanhope est obtenue à partir d'un cylindre, d'un tronc de cône ou, comme c'est le cas ci-dessous, d'un prisme à base carrée. Une face, section droite du cylindre, du tronc de cône ou du prisme, est plane tandis que l'autre est convexe. Le dioptre sphérique formé joue le rôle de loupe dont le plan focal est confondu avec la surface plane.

La lentille est maintenue dans un œilleton, enchâssée dans une épaisse rondelle en liège ou constituée de couches de carton fin collées les unes sur les autres. A gauche, on voit la face plane sur laquelle on retient l'objet à observer à l'aide d'une trace d'eau ou même de salive et à droite, le sommet convexe par lequel on observe en dirigeant l'instrument vers une source de lumière.

A droite, la lentille de Stanhope est évoquée par Arthur Chevalier dans son Traité théorique et pratique du microscope, L'ÉTUDIANT MICROGRAPHE (édition de 1882).

Arthur Chevalier reprend, dans ces lignes, certains des reproches formulés par son père Charles, constructeur de microscopes de haute qualité, une quarantaine d'années plus tôt ! A l'époque, c'est-à-dire en 1841, elles avaient valu une réaction très ferme de Noël Paymal LEREBOURS, lui aussi opticien renommé. Des extraits d'une lettre de LEREBOURS adressée à l'Académie des Sciences figurent à la fin de cette page.

Floroscope ou microscope universel - longueur minimum 5,5 cm - France - Vers 1910

Le microscope, destiné aux amateurs, était proposé dans une petite boîte en carton ou en bois renfermant la notice d'utilisation en trois langues : français, espagnol et anglais. Le grossissement annoncé de "500 fois en surface" correspond à un grossissement légèrement supérieur à 20 fois si l'on se tient à la définition des physiciens qui considèrent le grossissement linéaire, ou en diamètre, c'est-à-dire le rapport des longueurs - et non des surfaces - de l'objet à celle de l'image ...

Catalogue B. KAHN & SON  - New York - Vers 1900

Ce modèle diffère du précédent par la présence d'un miroir inclinable qui permet d'éclairer l'objet présent devant la face d'entrée de l'une ou l'autre des lentilles. L'appareil peut ainsi reposer verticalement sur un plan de travail .

A droite et à la suite, un microscope universel qui, sous ses 7 cm de longueur lorsqu'il est replié, offre une amélioration : une fente permet d'introduire une lame de verre portant l'objet puis de le mettre en contact direct avec la lentille de Stanhope. Ce dispositif évite d'avoir à humecter la face d'entrée de la lentille. Cet exemplaire, fabriqué en France, porte la mention  "C.F déposé".

Catalogue de la SOCIÉTÉ DES LUNETIERS - Rue Pastourelle, à Paris - Vers 1910

On notera la déformation du nom "floroscope", qui devient florascope dans le catalogue B. Kahn & Son et florioscope dans celui de la Société des Lunetiers ...

Une lentille de Stanhope tronconique

COMPTES-RENDUS HEBDOMADAIRES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
le lundi 29 mars 1841

OPTIQUE. Sur quelques-uns des inconvénients qui ont été reprochés à la lentille Stanhope. — Extrait d'une Lettre de M. LEREBOURS.

« ..... Les inconvénients signalés par M. C. Chevallier sont :

1° - Que le foyer étant invariable, deux personnes qui n'ont pas la même vue ne pourront faire usage du même instrument. — Cet inconvénient existe, il est vrai, en théorie, mais seulement dans le cas d'extrême myopie, et j'affirme, à l'appui de cette opinion, ne pas avoir rencontré une seule personne qui ait vu indistinctement avec les lentilles Stanhope.

2° - Comme c'est sur le verre même qu'on fait adhérer l'objet qu'on examine, il faut à chaque fois essuyer la lentille, laquelle, par suite de ces frictions, se trouve bientôt rayée et hors d'usage. —Je ne vois pas de raison pour que la surface de la lentille Stanhope se rayât davantage que la lame de verre très mince de M. C. Chevallier ; au reste, si cet inconvénient se présentait, le travail d'une surface de la lentille reviendrait moins cher que le remplacement d'un verre travaillé, serti dans son barillet.

 3°- Le pouvoir amplifiant de cette lentille est trop faible pour qu'on puisse l'employer dans un grand nombre d'observations pour lesquelles il serait pourtant précieux d'avoir un appareil très portatif. — Nos lentilles Stanhope grossissaient quarante fois ; nous en fabriquons actuellement qui ont une amplification de 80 diamètres.  Au reste, de l'avis même des micrographes, les grossissements excessifs sont plutôt un inconvénient qu'un avantage, surtout dans des instruments destinés aux excursions.

    M. C. Chevallier, en signalant ce qui lui paraissait des imperfections dans la lentille Stanhope, a oublié de parler des avantages qu'elle présente. Ainsi, il ne dit rien de l'étendue de son champ qui est de 35°, tandis que le doublet de Wollaston qu'il vient de présenter en soutend à peine 15 et coûte quatre fois plus. »

 

Il s'agit bien de Charles Chevalier (avec un seul "l")

Vers Microscopes de poche - II

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